Selon une définition juridique de la loi française du 15 juillet 2008, les archives sont définies comme « l’ensemble des documents, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support matériel, produits ou reçus par toute personne physique ou morale et par tout service ou organisme public ou privé dans l’exercice de leur activité » (art. 1). Ainsi, quand on parle d’archives audiovisuelles, il s’agit d’un ensemble de documents dont le médium est l’audio et la vidéo ayant été produits puis conservés. Ainsi, les archives audiovisuelles sont des témoins historiques, culturels et sociétaux de notre passé audiovisuel et radiophonique. En somme, elles constituent notre mémoire audiovisuelle. Nous avons en France une histoire singulière avec l’archivage audiovisuel. En 1974, sous l’impulsion de Valéry Giscard d’Estaing qui démantèle l’ORTF, l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) est créé afin de protéger notre patrimoine audiovisuel français, notamment télévisuel et radiophonique. Créé dans le sillage d’une politique de “l’exception culturelle française”, l’institut est précurseur dans ce domaine et va devenir un modèle à suivre dans le monde entier. En effet, grâce à son expertise, l’INA a accompagné de nombreux pays dans la voie de la conservation de leur patrimoine audiovisuel national. Aujourd’hui l’INA collecte, sauvegarde, numérise, restaure et valorise les archives de la radio et de la télévision françaises, soit plus de 70 ans de programmes radio et 60 ans de télévision. Avec l’arrivée d’internet, l’enjeu majeur de l’archivage audiovisuel est aujourd’hui la numérisation des fonds d’archives et leur mise à disposition au public. Ainsi, on a vu apparaître durant ces dix dernières années de nombreuses plateformes web permettant l’accès à leurs fonds d’archives: archive.org, ina.fr, canopé.fr ou encore bbc.uk. Que ce soit à des fins pédagogiques ou informatives ces plateformes honorent les missions de l’archivage audiovisuel: le devoir de mémoire et la valorisation du patrimoine.

Le 21 Juin 1982 a lieu la première fête de la musique en France. Cet événement est alors initié par Jack Lang, Ministre de la Culture de l’époque, qui souhaite instaurer en ce premier jour d’été, une occasion annuelle pour tous les français de se retrouver dans la rue autour de la musique. Cette fête a pour vocation de promouvoir la musique de deux façons. D’une part elle encourage les musiciens amateurs à se produire bénévolement dans l’espace public selon le slogan “Faites de la musique !”. D’autre part, grâce à l’organisation de concerts gratuits, elle permet à un public large d’accéder à des musiques de toutes sortes et origines.
Dans cet extrait de l’émission Soir 3 diffusée sur la chaîne France 3 région le 22 Juin 1982, Elisabeth Kiledjian et Geneviève Guicheney dressent le bilan de cette première édition d’une fête qui deviendra avec le temps une véritable tradition dans la culture française. Disponible désormais sur le site de l’INA, cette archive du journal télévisé permet de garder une trace de ce que les gens ont pensé de cette initiative à sa création.
Comme lors de sa première diffusion, le court reportage sur la première édition de la fête de la musique est rythmé par des images montrant les concerts de rues, des interviews d’artistes le tout présenté par la présentatrice du journal et recouvert d’une voix-off expliquant les images. Ainsi, en ne modifiant d’aucune sorte le document initial, l’institut national de l’audiovisuel respecte son devoir d’archive et de sauvegarde.
On retrouve dans cette archive plusieurs éléments caractéristiques du sujet de journal télévisé (JT). Tout d’abord, la courte vidéo d’une durée de 3min30 est introduite par la présentatrice plateau, ici Geneviève Guicheney, assise, filmée de face, en plan poitrine, avec un stylo à la main. Une fois le sujet introduit, elle lance le “magnéto” du sujet d’actualité en question. La journaliste chargée du sujet, prend alors le relais de l’information en voix-off sur les images issues de captations JRI (journalistes reporters d’images). Ces images ont vocation à illustrer les propos énoncés par la journaliste, mais elles peuvent aussi parfois se suffire à elle-même. Agissant comme un relais cognitif au commentaire audio, elles livrent une information visuelle aux spectateurs. Le dernier tiers du sujet notamment présente, pendant près d’1min30, six plans d’illustrations différents sur des musiciens de rue sans aucun commentaire additionnel. Cet absence de commentaire est plus rare aujourd’hui à la télévision. Enfin on remarque la présence d’un micro-trottoir où un musicien livre son témoignage sur l’évènement. Cette technique journalistique est fréquemment utilisée lors de sujets télévisés afin d’étayer le propos en apportant une vision extérieure qui permet d’objectiver le traitement de l’information.
Réalisé en 1982, ce sujet était sans doute enregistré en Betamax ou Betacam, format de vidéo-cassette à bande magnétique utilisée à l’époque. Il s’agit donc ici d’une archive télévisuelle collectée et conservée par l’INA puis numérisée et mise à la disposition du public en libre accès et à titre gracieux via sa plateforme numérique ina.fr. Cette archive fait partie du fond national de télévision qui fait l’objet d’un vaste plan de sauvegarde et de numérisation initié par l’institut en 1999. Cette campagne de numérisation a permis l’exploitation multimédia de nombreuses archives via la plateforme ina.fr crée en 2006.


