L’art vidéo numérique englobe toute forme d’œuvre artistique réalisée à partir de dispositifs numériques (ordinateurs, interfaces, réseaux…) et exploitant le médium de la vidéo pour permettre sa diffusion auprès du public. Cette nouvelle forme d’art contemporain, devenue très populaire à l’aube du XXIème siècle se situe à la confluence entre l’art vidéo, apparu dès les années 1960 et le Digital Art né au cours de la décennie 70. À l’origine, l’Art vidéo naît de la rencontre entre plasticiens, ingénieurs et responsables de chaînes de télé qui cherchent de nouvelles possibilités d’utilisation du médium vidéo. Les premières installations vidéos sont attribuées à l’allemand Wolf Vostell et au sud-coréen Nam June Paik, considérés comme les pères fondateurs de cet art émergent. Plus tard, c’est Bill Viola avec son emblématique Reflecting Pool qui s’érige comme figure majeure de l’Art vidéo. Partant de cet héritage, l’art digital ou ”art ordinateur” s’empare de l’art vidéo en y ajoutant les possibilités offertes par le numérique. De cette symbiose naît une nouvelle forme artistique: l’art vidéo numérique. Des années 70 à aujourd’hui, l’art vidéo numérique ne cesse d’évoluer en parallèle avec l’évolution des technologies numériques qui contribuent à la naissance de nouveaux types d’œuvres et de nouveaux modes de réception artistique (réalité virtuelle, réalité augmentée, net-art…).
Dans le cadre de la 46ème édition du festival d’Automne à Paris en 2017, la Villette a réuni deux artistes, William Forsythe et Ryoji Ikeda autour de deux installations immersives et interactives aux atmosphères diamétralement opposées. D’un côté, l’artiste et chorégraphe William Forsythe avec Nowhere and Everywhere at the Same Time Nº2 invite les visiteurs à interagir avec une centaine de pendules suspendues dans un décor aseptisé et purifié qui crée une sensation d’apaisement et de légèreté. Aux antipodes de cet univers se trouve l’installation Test Pattern [n°13] de l’artiste japonais Ryoji Ikeda qui plonge les spectateurs dans une atmosphère sombre et oppressante avec une installation audio-visuelle agressive qui bouleverse les perceptions. C’est à cette œuvre d’art vidéo numérique que nous allons nous intéresser en particulier.
L’œuvre Test Pattern [n°13] est issue d’une longue série de déclinaisons du concept original. Test Pattern est un programme informatique qui traduit les signaux sonores, visuels et textuels qu’il reçoit en images. Ces dernières prennent la forme de codes barres qui changent à une vitesse exceptionnelle, créant un effet de stroboscope qui submerge le visiteur. En changeant à une vitesse aussi rapide, l’installation est à la limite de ce que peut supporter la perception de l’Homme et pousse ce dernier à se questionner sur les informations numériques qu’il reçoit constamment. En les concrétisant et en les rendant visibles, Ryoji Ikeda explicite leur importance, peut-être trop grande, dans notre monde actuel.
Avec cette installation saisissante, l’artiste propose une oeuvre numérique et vidéo. Pour créer son œuvre, Ryoji Ikeda fait le choix de n’utiliser que des outils informatiques et digitaux dans le but de retranscrire les données numériques auxquelles nous sommes constamment confrontés sans le savoir. Ainsi, en utilisant des écrans, des ordinateurs et des enceintes, l’artiste a recours à différents moyens numériques et s’inscrit pleinement dans l’art vidéo numérique.
La musique est au cœur de l’œuvre de Ryoji Ikeda. Il démarre une carrière de DJ et compositeur de musique électronique dans les années 90 et intègre le collectif multimédia japonais “Dumb Type” au sein duquel il intervient en tant que musicien et se charge des créations visuelles. En 1995 paraît son premier disque solo 1000 Fragments où il se fait remarquer durant ses représentations pour ses installations vidéos, synchrones avec sa musique électronique minimale. Il se lance alors dans l’Art vidéo numérique avec des installations monumentales sonores et visuelles qui demeurent toutefois empreints de cet héritage musical. Ryoji Ikeda a développé dès le plus jeune âge une réelle fascination pour la musique de Bach qu’il compare à de “très belles mathématiques”. Selon lui, la musique et les maths sont comme des sœurs. Dans ses installations, il s’appuie sur des lois mathématiques et des programmes informatiques pour convertir n’importe quel type d’information en motif visuel et sonore. En ce sens, Test Pattern [n°13], conçu comme une partition faite de codes barres synchrones avec le son, est indéniablement une œuvre musicale.
« Il n’y a pas de différences entre le composant visuel et le composant sonore. Je compose des pixels, des lignes et des chiffres comme du son en forme de musique. Je compose l’espace et le temps. Pour cela, j’utilise trois éléments dans ma palette: l’onde sinusoïdale, le bruit blanc, et le glitch, l’erreur. »
Ryoji Ikeda
Pour aller plus loin: Pour la première fois à la télévision, le glitch vivant Ryoji Ikeda ! dans l’émission TRACKS d’Arte, 2018

