Depuis le 24 décembre 2019, une chanson connaît un succès retentissant dans les manifestations contre la réforme des retraites : À cause de Macron, une chorégraphie féministe élaborée par des militantes de l’association Attac, L’Association pour la Taxation des Transactions financières et pour l’Action Citoyenne. À travers cette action militante et médiatique, ces féministes dénoncent le fait que les femmes seraient les grandes perdantes de ce projet de réforme des retraites tout en rappelant que les inégalités hommes/femmes persistent dans le monde du travail.
Le titre est détourné du morceau emblématique du duo belge féminin À cause des garçons formé par Laurence Heller et Hélène Bérard. Le choix du morceau confirme l’intention du collectif puisque la chanson originale datant de 1987 prônait déjà une idéologie féministe. Le morceau repris en 2007 par la chanteuse Yelle connaît un regain de popularité. Ainsi, en reprenant une chanson largement populaire et en la détournant, les militantes sont parvenus à atteindre un public large et à créer un phénomène médiatique afin de faire connaître leurs revendications.
Pour mener à bien cette action militante, les membres d’Attac ont mis à disposition sur leur site internet un kit d’action pour organiser une animation ou un cortège féministe dansant sur l’air d’À cause de Macron. De cette manière, l’association incite les initiatives extérieures afin d’organiser des actions dans toute la France. On retrouve divers éléments dans ce kit : la chanson et le clip officiel, les paroles de la chanson un tutoriel pour apprendre la chorégraphie et la description des déguisements qui accompagnent la performance. La tenue reprend le dress-code de l’ouvrière de l’affiche mythique We can do it : bleu de travail, gants de vaisselle, créoles et bandanna rouge. En reprenant cette affiche américaine de propagande incitant les femmes à participer à l’effort de guerre, les militantes d’Attac livrent un message percutant. En effet, grâce à ce procédé d’intertextualité iconique fortement symbolique, les militantes d’Attac revendiquent la figure de la femme indépendante et travailleuse.
Après avoir visionné cette vidéo, on peut relever divers procédés propres à la vidéo militante. En règle générale, ce genre de vidéo est filmé en prise de vue réelle de manière amateure. Il n’y a donc pas ou peu de montage et c’est souvent un smartphone porté à la main qui fait office de caméra. On retrouve ces quatres aspects dans cette vidéo qui est relayée sur les réseaux sociaux dans un souci de diffusion de masse. Cette vidéo est filmée au coeur de la manifestation, au plus près de la chorégraphie, avec des séries de panoramique afin de montrer les militantes qui dansent et la foule de manifestant qui applaudit.
En réalisant ces actions et en les diffusant par des vidéos sur les réseaux sociaux, l’association Attac défend une position féministe vis-à-vis de la réforme des retraites. Avec cette vidéo, les femmes affirment leurs droits et leurs revendications en s’adressant directement à la population. En choisissant de publier les vidéos des actions militantes sur les réseaux sociaux, l’association s’attend à un effet de viralité qui permettrait aux vidéos de parler d’elles-même et, ainsi, de toucher une plus grande cible qui si les actions avaient été seulement reliées par des grands médias. Ainsi, même si la cible principale d’Attac reste le gouvernement à qui elle veut ouvrir les yeux, l’association vise les citoyens en général afin de rallier un maximum de personne à leur cause.